Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

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Les hussards


Les "hussards" furent ces écrivains tels que Roger Nimier, Antoine Blondin ou Michel Déon qui, après la deuxième guerre mondiale, voulurent sauver du bûcher l'héritage littéraire des perdants. Entreprise difficile, impossible presque en ces temps où de vagues suspicions pouvaient mener à la mise à l'index et au purgatoire littéraire, quand ce n'était pas à l'enfer tout court.

Nécessairement radicaux et, parce qu'ils sauvaient au nom de la Littérature des écrivains infréquentables, nécessairement esthètes avant tout, ils empruntèrent, ainsi que certains de leurs personnages romanesques, quelques traits aux dandys. Leur révolte solitaire et antisociale, par exemple, n'est pas si éloignée de la révolte romantique qui permit au dandysme d'éclore, d'abord dans la réalité puis, par implantation complexe mais réussie, dans la littérature. La volonté que les hussards eurent de détacher l'esthétique de la morale et de placer la première au-dessus de toutes les valeurs, rejoint aussi la sphère de la pensée des dandys.

Mais les similitudes s'arrêtent là. Si les effets sont parfois semblables, les causes sont bien différentes. La proclamation de la supériorité de l'esthétique sur l'éthique fut pour les hussards une nécessité objective : en dehors de ce cadre philosophique, comment oser admirer, par exemple, Pierre Drieu La Rochelle ? La préservation de l'héritage littéraire des collaborateurs et assimilés nécessitait ce préalable. Pour les dandys, même si Oscar Wilde s'en servit pour la défense de ses intérêts judiciaires personnels, ce fut l'argument métaphysique qui conduisit à placer l'Art au sommet : dans le doute de l'omnipotence divine, c'est l'omnipotence artistique qui prévaut. L'individu supérieur, alors, peut exécuter son propre sacrifice au profit d'une mise en scène savante et mortelle.

Homme révolté et orgueilleux, le dandy utilise le masque de l'impassibilité et la maîtrise des codes pour soumettre les autres. Le hussard historique ou littéraire (i.e. le personnage des romans des hussards) n'a pas cette prétention ni cette volonté : ultime dépositaire d'une tradition en, péril, il veut plus témoigner que vaincre. Gilles, personnage du roman éponyme de Pierre Drieu La Rochelle, use sans jamais les explorer à fond les pistes du pouvoir.

Il serait exagéré de voir plus qu'une faible filiation entre les dandys et les hussards. Par l'intermédiaire de personnages tardifs tels que Jean Lorrain, on peut les surprendre égaux dans le ressentiment à l'égard de la société. Néanmoins les deux sont trop originaux pour constituer les deux faces, l'une du XIXème siècle, l'autre du XXème siècle, d'une même pièce d'or. Au fond, ils n'ont de vraiment en commun que d'être, chacun dans leur genre, selon le mot de Baudelaire sur le dandysme, le "dernier éclat d'héroïsme dans les décadences".


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