Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

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Alfred de Musset (1810 - 1857)


Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par 93 et 1814 porte au coeur deux blessures. Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret des maux.

Confession d'un enfant du siècle, Première partie, chapitre II

Terrible poids que d’avoir eu vingt ans en 1830 ! Ce fut justement cette année-là, et à cet âge-là, qu’Alfred de Musset publia son premier succès : Contes d’Espagne et d’Italie. Œuvre charmante d’un brillant jeune homme, ancien élève du lycée Henri IV, trois fois récompensé au Concours Général, mais trop introduit dans les salons romantiques (il y croise Hugo, Vigny, Lamartine, Sainte-Beuve et tant d’autres) et trop avide d’agapes parisiennes pour finir ses études de droit ou de médecine.

S’il n’avait été que ce beau séducteur, Musset n’aurait pas eu ce prestige poétique encore tenace aujourd’hui. Il fut angoissé par la vie, par l’échec de sa première pièce Les nuits vénitiennes en 1830 et par la mort de son père en 1832.


Alfred de Musset par Landelle
Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis, et ma gaieté ;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire en mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui ne sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.


1840

George Sand par Delacroix, 1834

Amant délicat et sensible de la terrible Sand, Musset écrivit des drames poignants dont le chef-d’œuvre Lorenzaccio. Il commença aussi de boire trop, devenant jaloux et nerveux, mais continua d’écrire drames, poésies et comédies. Son œuvre resta cependant marquée par une ironie transperçant le lyrisme de ses élans de cœur.

A l’écart des Romantiques, à l’écart de la politique (péché en ces années troublées), il ne s’affilia à aucune chapelle mais entra tout de même à l’Académie en 1852. Trop tard, sans doute, car il n’avait déjà plus son inspiration éblouissante et mélancolique.

Malade, alcoolique, détérioré par les plaisirs, Musset s’éteignit dans l’indifférence et le mépris de ses contemporains, ceux en tout cas qui, trop jeunes, n’avaient pas connu le génie irrévérencieux d’On ne badine pas avec l’amour.


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