Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

Introduction | Balzac | Baudelaire | Disraeli | Théophile Gautier | Hussards | Huysmans | Impressionnistes | Kafka | Lautréamont | Mallarmé | Maupassant | Musset | Nabis | Nerval | Poe | Proust | Romantiques | George Sand | Whistler



Les Nabis


Il y a comme un cousinage entre les dandys et les Nabis. En effet, les Nabis, groupe artistique mené par Maurice Denis et Sérusier, partagèrent avec leurs élégants cousins la même intransigeance, la même considération pour l’Art et les mêmes influences.

Les Nabis, dont le nom est dérivé du mot hébreu Nabiim, prophète, formèrent un cénacle rigoureusement fermé aux « impurs », à ceux qui, quelle que fût la forme (peinture, musique, sculpture, etc.), ne tendaient pas leur recherche esthétique vers l’émotion originelle de l’Art. A leurs débuts volontiers querelleurs et polémistes, les Nabis brocardèrent avec emphase les artistes selon eux insincères, véritables traîtres à la cause artistique.

Artistes authentiques mais surtout théoriciens de l’Art, les Nabis voulurent occuper tout le champ visuel : tableaux et sculptures bien sûr, mais aussi affiches, illustrations de livres, couvertures de revues et décors de théâtre furent leurs terrains d’expression favoris. Pour eux l’Art était l’élément suprême de la vie et devait donc s’installer à toutes les places de la vie, les grandes comme les petites.

Influencés par Gauguin mais rapidement autonomes, les Nabis surent saisir avant beaucoup d’autres le génie de leur temps. Ainsi peut-on les considérer comme les meilleurs lecteurs de Baudelaire, et la Nature qu’ils représentent est de fait colorée, simple, brutale et symboliste. Les Nabis firent en outre partie des bruyants animateurs de Montparnasse, comme par contraste avec la simplicité de leur œuvre épurée et sophistiquée.

Comme les dandys, les Nabis eurent la même difficulté à tenir la limite entre le dédain du monde et la jouissance de ses facilités matérielles. Ils furent eux aussi dans la zone grise séparant mal la société honnie et les artistes intègres. Aussi, et cela ne remet pas en cause son génie ni sa pureté, n’est-il pas étonnant que Maurice Denis, devenu très populaire, ait fini embourgeoisé - mais toujours mystique - dans un pavillon cossu de Saint-Germain-en-Laye (devenu le musée départemental Maurice Denis), exécutant les commandes des notables soucieux de paraître aux avant-postes de l’Art.

Là où les dandys, qui tendaient à faire de leur personne une œuvre d’art, finissaient ruinés, atrabilaires et oubliés, les Nabis finissaient riches et renommés. Mais leur fin, comparée à l’exaltation et à la vérité de leur jeunesse, n’en fut pas moins pathétique.


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