Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

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Gérard de Nerval (1808 - 1855)


Celui qui fut le condisciple de Théophile Gautier au collège Charlemagne ne pouvait qu’avoir la raison troublée et finir pendu de façon mystérieuse.

Dans ses "intervalles de lucidité", Nerval composa ses "épanchements du songe dans la vie réelle" avec Aurélia, œuvre extraordinaire conséquence de sa passion malheureuse avec une actrice.

Cette actrice, cette Aurélia, deviendra déesse orientale après un voyage en Orient et hantera son travail jusqu’à la fin, notamment les mystérieuses et ténébreuses Chimères.

Nombreux, dans les coteries symbolistes et surréalistes, lui doivent quelque chose. Mais plus que cela, c’est l’humanité francophone qui lui est redevable d’avoir ouvert les portes vers l’immatérielle beauté, vers l’insondable mystère et vers la pureté de la poésie.

El Desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf -, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ? ... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène ...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.


Les Chimères, 1854
Souvenir de Nerval (extrait)

Nerval fut le premier qui mit ces jolies pièces en lumière. Inutile de dire qu'il n'est pas une seule de nos anthologies poétiques qui concède la moindre place à ces fruits spontanés du plaisir de chanter. Il en est, parmi eux, qui me donnent la sensation de la chose parfaite selon son essence. J'y trouve la fraîcheur immédiate d'une émission toute naturelle et heureuse de la vie, qui s'oppose, jusqu'à les définir par contraste, et presque à les faire attendre, à nos poèmes savamment organisés, qui ne se passent ni de méditation et de recherche abstraite chez l'auteur, ni de culture et d'active attention chez le lecteur. Comment se peut-il que cette veine si pure et d'une facilité si gracieuse soit tarie, et que notre peuple semble à jamais frappé de stérilité poétique, livré sans défense à ce qu'il y a de plus bas, et de plus en plus bas, dans les ressources abjectes de la niaiserie et de la vulgarité.

Paul Valéry, Etudes littéraires



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