Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

Introduction | Balzac | Baudelaire | Disraeli | Théophile Gautier | Hussards | Huysmans | Impressionnistes | Kafka | Lautréamont | Mallarmé | Maupassant | Musset | Nabis | Nerval | Poe | Proust | Romantiques | George Sand | Whistler



Edgar Alan Poe (1809 - 1849)


"Edgar Poe a emprunté la voie royale du grand art. Il a découvert l'étrange dans le banal, le neuf dans le vieux, le pur dans l'impur. Voilà un être complet". Ce mot de Valéry résume assez bien pourquoi Edgar Allan Poe exerça une fascination sans borne sur les auteurs et poètes français. Le ton particulier de ses écrits et la tragédie de sa vie en firent un des maîtres à lire de Baudelaire, qui le traduisit. Le monde littéraire français se passionna pour cet auteur du Nouveau-Monde qui emprunta à la vieille Europe l'exigence de la forme. Il se passionna pour cet auteur maudit, sinistre, angoissé et alcoolique.

C'est bien à contre-courant qu'il fut lorsqu'il exigea de ses contemporains de soigner la Forme au maximum avec une intransigeance qui lui valut beaucoup d'ennemis et le priva d'une fortune dont il rêvait pour devenir, il faut bien le reconnaître, un dandy. Son obsession de l'argent, les comptes et calculs qu'il exposait sans cesse dans sa correspondance n'eurent qu'un but : évaluer le coût d'une vie élégante à la Forme parfaite. Ainsi, sa maison idéale, il la décrivit dans le Domaine d'Arnheim. Il eut la même exigence pour la Forme littéraire que les dandys pour la Forme vestimentaire.

Les facultés analytiques

Les facultés de l'esprit qu'on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d'analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autres choses, c'est qu'elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives. De même que l'homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l'action, de même l'analyste prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l'opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. Les résultats, habilement déduits par l'âme même et l'essence de sa méthode, ont réellement tout l'air d'une intuition.

Double assassinat dans la rue Morgue, 1841

Edgar Alan Poe

Son oeuvre est marquée par l'omniprésence d'une "rationnalité irrationnelle". La déduction tient lieu de pensée et permet d'expliquer tout, semble dire Poe. Le Scarabée d'or, La lettre volée en sont des exemples séduisants. Mais les fausses explications scientifiques qui justifient l'Aventure d'un certain Hans Pfaall ou autres histoires de la même veine instaurent un malaise étonnant dans l'esprit du lecteur. Les limites de ces raisonnements ne montreraient-elles pas les limites de la toute-puissance de la rationnalité ? C'est là tout le génie de Poe, conteur fantastique hors pair, mais aussi philosophe, esthète et poète. Ses écrits, aussi violents et sanglants soient-il, révèlent toujours un pan de la nature humaine. Ses réflexions littéraires inspirèrent Baudelaire, Mallarmé et Maupassant - entre autres puisqu'il inspire encore force auteurs et artistes.

"Il y a des destinés fatales. Tous les contes d'Edgar Poe sont pour ainsi dire biographiques" écrivit Baudelaire. Edgar Poe partagea avec les dandys l'amertume de la vie, le refus du prosaïsme - et quelle horreur que cette société américaine naissante, orgueilleuse, puritaine et vénale - et la recherche de l'excellence dans ce qui paraît le plus futile : l'esthétique. Les échecs de Poe l'auraient perdus à Paris. Aux Amériques dépourvues jusqu'alors de littérature, son obstination et sa conviction lui permirent de persévérer. Au prix d'une vie de malheurs.


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