Savoir-Etre ou Mourir
toute originalité est un aiglon qui ne brise la coquille de son oeuf que dans les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï
(Aloysius Bertrand)

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Marcel Proust (1871 - 1922)


Marcel Proust réalisa le rêve de tout écrivain : écrire le roman absolu, le livre après lequel tout devient superflu. Bible de la littérature, conçu comme telle, l’œuvre parfaite de Proust, La Recherche du Temps perdu n’a pas fini de déchaîner les passions et de susciter commentaires et analyses.

La myriade de personnages de la Recherche fut parfois inspirée par de vrais contemporains. Quelquefois simples copies, plus souvent délicats amalgames de nombreuses figures du XIXème siècle, les "proustés" comme on disait alors rappelaient des célèbres, des mondains, des journalistes, des politiques, etc.


Marcel Proust
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la Lune.

A la Recherche du Temps perdu

Marcel Proust

Lorsque Proust rédige son roman, le dandysme a déjà un long passé. Il est dans sa décadence ultime, il est donc naturel de retrouver quelques figures dandies dans la Recherche même si, après Balzac notamment, Proust ne veut pas refaire les déjà trop copiés Marsay ou Rastignac.

On peut voir en Swann un authentique dandy de la littérature. En vérité, il est plutôt un dandy raté. Cultivé, brillant, élégant, mondain, assez impassible, il est celui à qui on demande son avis sur une nouvelle œuvre d’art, mais il n’a pas la profondeur d’un dandy.

Le baron de Charlus est certainement le plus dandy des personnages proustiens. Frère du duc de Guermantes, épigrammatique, sentencieux, insupportable de prétention snobe – il en a les moyens – et largement odieux, le baron de Charlus rappelle Barbey par sa vindicte et son admiration presque diabolique pour les pompes catholiques. Gardien du temple de l’élégance, le très cultivé baron de Charlus prononce ses oukases contre la vulgarité, exclut les baronnes restaurées du salon de sa belle-sœur, la parfaite duchesse de Guermantes, et lutte avec acharnement contre la modernité et la démocratie.

Sa fin est aussi pathétique que sa vie est grandiose. Se compromettant chez les petits bourgeois Verdurin pour séduire un de ses très jeunes amants, cachant de moins en moins son homosexualité et sa pédophilie, raillé, dénoncé, il perd définitivement sa place et son influence après l’affaire Dreyfus et la première guerre mondiale. Obèse, teint, déchu, il erre dans les rues d’un Paris qui consacre d’autres maîtres, tous bien plus médiocres que ce fascinant intransigeant.

Son neveu, le marquis de Saint-Loup, ami intime du Narrateur, est également un genre de dandys à lui tout seul. Jeune, excessivement beau, d’une élégance rare, d’une naissance prestigieuse et d’une fortune considérable, il est le meneur d’une troupe de jeunes excités fréquentant cafés, boulevards et salons. Le marquis de Saint-Loup n’a conscience que tardivement de ce qu’il est. Avant son initiation par son oncle qu’il admire de plus en plus, il se compromet avec une actrice quelconque, prostituée de bas étage reconvertie dans le petit art dramatique. Contrairement à Swann, Saint-Loup échappe, après bien d’inutiles supplications familiales et de sommes englouties, à son actrice.

Impertinent, superbe, le marquis de Saint-Loup est un personnage attachant qui semble avoir fait sienne une des devises dandies : "liberté !".

Autre dandy en filigrane dans la Recherche, le Narrateur lui-même. D’extraction bourgeoise, il est admis dans les coteries les plus hermétiques – probablement grâce à une phénoménale beauté jamais décrite. Parrainé par Swann mais refusant les avances du baron de Charlus éperdument amoureux de lui, le Narrateur s’impose dans ce "côté de Guermantes" que, jeune enfant, il considérait d’un œil brillant. Il n’est pas un dandy à part entière mais son mal-être, sa sensibilité, son intelligence et son goût sûr en font, en retrait de l’agitation de la société, une émanation de dandy.

Marcel Proust ne peut lui-même pas être considéré comme un dandy. Pour parodier Wilde, il a mis son génie et son talent dans son œuvre, pas dans sa vie ; mais sa vie nourrit son roman. Il fut introduit dans le monde par Robert de Montesquiou duquel il fut, dès sa jeunesse, un des rares thuriféraires fidèles. Montesquiou, croyant se reconnaître dans le baron de Charlus, se fâchera cependant avec le génial écrivain.

La vie de Proust est aussi celle de l’épistolier à la correspondance imposante et brillante, celle du journaliste collaborateur au Figaro, celle du duel avec Jean Lorrain et des excès de toutes sortes, celle, enfin et surtout, de La Recherche du Temps Perdu.


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