Savoir-Etre ou Mourir
il est vrai qu'aucun dandy ne peut totalement coïncider avec le mythe et que cela importe peu, puisque, en fin de compte, l'homme agit et pense en fonction d'une parole myhtique (Emilien Carassus)

Introduction | Gabriele d'Annunzio | Milord Arsouille | Barbey d'Aurevilly | Aubrey Beardsley | Roger de Beauvoir | Brummel | Byron | Boni de Castellane | Astolphe Custine | Félix Fénéon | Villiers de l'Isle-Adam | Alphonse Karr | Jean Lorrain | Pierre Loti | Robert de Montesquiou | Comte d'Orsay | Nestor Roqueplan | Saint-Cricq | Lord Seymour et Montrond | Oscar Wilde



George Bryan Brummell (1778 - 1840)

On peut dire sans craindre de commettre une erreur que George Bryan Brummell fut à l'origine du dandysme. Non parce qu'il en fit la description ou qu'il chercha à en cerner les contours à la manière de Baudelaire, mais parce qu'il inspira tous ceux qui tentèrent de définir le dandysme ou d'être dandy. Il est comme le mythe fondateur du dandysme dont les grands hérauts furent Byron - qui utilisa pour la première fois, en 1813, le mot "dandy" à son propos - et Barbey d'Aurevilly qui lui consacra une biographie prétexte à des digressions esthétiques.

Une grande part de la légende de Brummell tient au fait que cet homme qui fréquenta les plus hautes sphères londoniennes et parisiennes était le petit-fils d'un domestique, certes quasi-royal. Il incarne cependant moins l'idée de méritocratie - mot horrible aux yeux d'un dandy - que celle d'une aristocratie de manières et de verbe.

La raison du succès de Brummell tient en un mot : l'ennui. Il comprit très tôt que la société anglaise, morfonde et apeurée, s'attacherait facilement à un "excentrique" qui l'amuserait ou l'intriguerait. Son éducation se fit à Eton, où il vit que ses condisciples rustres pouvaient vite être dépassés par sa finesse, son intelligence et sa grâce.
Beau Brummell d'après John Cook

Froid, insolent, ironique, s'attachant à des détails vestimentaires parfois loufoques, Brummell créa petit à petit sa légende. Il voulut devenir un personnage, il voulut intéresser, séduire. Le prince de Galles, désoeuvré et provoquant scandale sur scandale, le prit comme favori alors qu'il n'avait que dix-sept ans. L'assurance et l'arrogance du jeune homme étonnèrent les plus hautes aristocraties londoniennes ; sa retenue et sa froideur les fascinèrent. Surtout, la sobriété de son habillement trancha avec les frous-frous du prince. Là commença sa quête du vêtement intemporel, "pas trop posé, pas trop emprunté, pas trop à la mode".

Sa maison, modèle d'élégance, accueillit les plus grands et les cercles les plus fermés l'accueillirent à leur tour, voire l'élurent aux responsabilités. Brummell s'imposa, même en présence du prince de Galles, comme l'arbitre des élégances et des bonnes manières dont il fit d'incessants rappels. Rapidement, des clones, bien plus pâles, apparurent et les journaux imprimèrent force caricatures, ces mêmes dessins qui firent un peu plus tard la gloire de Wilde, de Jean Lorrain et de tant d'autres.

Beau Brummell
En 1811, revers de situation : le prince de Galles prit la régence et rompit avec Brummell. De nombreuses légendes courent sur cette rupture. Brummell aurait-il commis une familiarité de trop ? Le prince aurait-il pris conscience de son rôle et se serait-il assagi ? Peu importe, les deux hommes se brouillèrent définitivement. Paradoxalement, cet ostracisme ne fit que renforcer la position et la gloire de Brummell. Il prit la défense de l'épouse du prince régent, fréquenta toujours les clubs et les salons des duchesses, bref écrasa son ancien ami.

Le succès lasse, Brummell peut-être plus qu'un autre. "The Beau" commença à jouer, devint plus mordant et surtout, plus désabusé. En 1816, Brummell ruiné par le jeu fuya à Calais (trois mois après Byron). Entouré de ses amis qui traversaient le "channel" pour le voir, Brummell se laissa mourir. Le dernier éclat de cette fin de vie pathétique fut un séjour à Paris où il redevint pour un temps, avant de partir pour Caen où il avait été nommé consul, le mondain exceptionnel qu'il avait été.

Ses dettes interminables le conduisirent en prison en 1835. Les cinq dernières années de sa vie furent une lente descente vers la folie, la paralysie, la saleté, la misère et la mort, qui le frappa enfin le 29 mars 1840, à l'asile du Saint-Sauveur.

En 1845, cinq ans après sa mort, Barbey d'Aurevilly entreprit l'écriture de la biographie française de Brummell, inspirée par The life of Beau Brummell de William Jesse. Mais il ne se contenta pas de raconter les quelques anecdotes et apophtegmes attribués au Beau et donna, par extrapolation, une cohérence biographique au récit - lequel devint automatiquement l'exemple phare des thèses de l'essai de Barbey. Beau Brummell, devenu sous la plume de son biographe français un personnage historico-littéraire, fut alors pour tous les esprits le prototype d'un genre nouveau, le dandysme.


La délicate question de l'orthographe

Brummel ou Brummell ? La question semble encore diviser. Si on trouve des éditions aurévilliennes qui impriment résolument Brummel, la majorité semble se prononcer pour l'autre orthographe. Les dictionnaires sont en ce sens quasi-unanimes : le Roi de la mode se nommait George Brummell. Quoi qu'il en soit, la confusion prouve que les éditeurs du temps jadis n'avaient pas les mêmes bataillons de vérificateurs (ni les mêmes juristes et autres avocats) que ceux d'aujourd'hui.



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