Savoir-Etre ou Mourir
il est vrai qu'aucun dandy ne peut totalement coïncider avec le mythe et que cela importe peu, puisque, en fin de compte, l'homme agit et pense en fonction d'une parole myhtique (Emilien Carassus)

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Lord Byron (1788 - 1824)



Lord Byron par Richard Westall, 1813

Lord Byron par Thomas Phillips, 1814

Lord Byron par GH Harlow, 1815


Plus qu'un poète, plus qu'un écrivain, George Gordon, sixième Lord Byron restera dans les esprits comme l'icône du dandy. Pourtant, même si elle ne peut paraître qu'un élément de son attitude fashionable, sa production poétique mérite qu'on s'y attarde. Mort en 1824 à seulement 36 ans, il légua des oeuvres majeures comme "le Chevalier Harold (Childe Harold)", "Le captif de Chillon (The Prisoner of Chillon)", "Giaous", "Manfred" ou "Mazeppa" dont les succès dans les salons parisiens montrèrent l'engouement pour le personnage en France.

Même si sa poésie fut excellente, ce fut plus la vie de Lord Byron qui en fit une légende. Celui qui servit entre autres de référence à Balzac pour peindre ses dandys était pied-bot. Cette infirmité qui nous paraît grotesque ne l'empêcha pas d'être un sportif accompli aux prestigieux Public School de Harrow et Trinity College de Cambridge où il fit ses études - en héritant à l'âge de 10 ans de son oncle et donc destiné à siéger à la chambre des Lords, quels autres collèges pouvait-il fréquenter ? Autre élément, et non des moindres, de la légende Byron, sa lignée. Sa mère descendait du roi Jacques Ier d'Ecosse et la famille Byron était noble depuis 1643. Des deux côtés de la famille, on retrouve des personnages excentriques et fous : guerriers, aventuriers et même criminels parsèment les branches de l'arbre généalogique de celui que sa mère appelait parfois le "méchant petit boiteux".

Sa vie de dandy commença avec son premier vrai succès en 1812, les deux premiers chants de "Childe Harold" (le troisième ne fut écrit qu'en 1816, le quatrième qu'en 1818). Son mot, resté célèbre, fut : "je m'éveillai un matin et me trouvai célèbre". Désormais, sa vie se partagea entre les frasques amoureuses et les publications poétiques.
Byron en Albanais par Thomas Phillips, 1835

Stanzas

When a man hath no freedom to fight for at home,
Let him combat for that of his neighbours ;
Let him think of the glories of Greece and of Rome,
And get knock'd on the head of his labours.
To do good to mankind is the chivalrous plan,
And is always as nobly requited ;
Then battle for freedom wherever you can,
And, if not shot or hang'd, you'll get knighted.

Novembre 1820
La vie de Lord Byron fut d'abord une relation continue aux femmes. Son père abandonna son épouse lorsqu'il avait trois ans puis se suicida quelques temps plus tard à Valenciennes. Byron fut donc éduqué par sa mère, dont l'amour d'un jour n'avait d'égal que la haine du lendemain, et par une gouvernante calviniste - tout un programme. Après la publication de "Childe Harold", il eut une liaison de quelques mois avec Lady Caroline Lamb, femme mariée qui se vengea du poète dans un roman à scandale dans lequel elle poussa le vice - outre le fait de peindre Lord Byron en scélérat - jusqu'à reproduire in extenso la lettre de rupture du poète.

Caricature de Lord Byron par Max Beerbohm, 1816
Les deux femmes qui partagèrent sa vie par la suite furent également des femmes mariées. La première, Annabella Milbanke, devint en effet sa femme. Malgré sa piété et sa morale, cette richissime héritière accepta les avances de Lord Byron en 1815 après les avoir refusées une première fois en 1812.

La deuxième, Augusta Leigh, mariée et mère de trois enfants, demi-soeur du poète, permit à celui-ci d'oublier son échec entre 1812 et 1815 et de s'échapper de la morosité et de la monotonie de sa vie conjugale.

Allant jusqu'à héberger Augusta chez lui, Lord Byron finit par renvoyer sa femme et sa fille légitime chez ses parents. La famille Milbanke, blessée dans son honneur, se vengea en amorçant une procédure légale de séparation, en tentant de prouver que le poète était fou et en répandant la nouvelle de la séparation dans la haute société de Londres.

Si cet épisode marqua la fin de la vie londonienne de Lord Byron, puisqu'il quitta l'Angleterre juste après avoir signé l'acte de séparation, il ne signifia pas pour autant la fin de ses frasques. Son existence se partagea alors entre les voyages et les aventures : Mary Wollstonecraft Godwin - qu'il épousa - à Genève, probablement son ami Hobhouse dans les Alpes suisses, des gondoliers et des femmes du peuple à Venise - sa période la plus débauchée. Cette épopée dissolue à travers l'Europe prit fin à Rome avec sa dernière maîtresse, la comtesse Teresa Guiccioli, âgée de 19 ans - il en a 31 - et mariée depuis peu à un barbon d'une soixantaine d'années.

Commença alors l'activisme politique de Lord Byron. Jusqu'alors, même s'il avait pris la défense d'ouvriers au chômage de Nottingham à la chambre des Lords, c'était surtout son éloquence qui avait marqué les esprits. Il rejoignit en 1820 les carbonari contre l'Autriche, soutint la cause de l'indépendance grecque à partir de 1823, leva à ses frais une armée de Souliotes pour organiser une expédition militaire et en mourut - son corps fatigué ne résista pas à une fièvre des marais - le 19 avril 1824 à Missolonghi.
Farewell ! If ever fondest prayer

Farewell ! If ever fondest prayer
For other's weal avail'd on high,
Mine will not all be lost in air,
But waft thy name beyond the sky.
'Twere vain to speak, to weep, to sigh :
Oh ! more than tears of blood can tell,
When wrung from guilt's expiring eye,
Are in that word - Farewell ! - Farewell !

These lips are mute, these eyes are dry ;
But in my breast and in my brain,
Awake the pangs that pass not by,
The tought that ne'er shall sleep again.
My soul nor deigns nor dares complain,
Though grief and passion there rebel ;
I only know we love in vain -
I only feel - Farewell ! - Farewell !

1808

Poète exilé, grand voyageur, passionné par l'Orient, débauché, entier, un peu fou, écrivain prolixe relatant ses aventures et ses voyages ou répondant aux critiques dans ses poèmes et ses épopées, Lord Byron ne pouvait que devenir une légende.


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