Savoir-Lire ou Mourir
certains livres ressemblent à la cuisine italienne : ils bourrent, mais ne remplissent pas (Jules et Edmond de Goncourt)

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Prince Rodolphe (Eugène Sue, Les mystères de Paris, 1842-1843)

Le Prince Rodolphe est sous la plume vive d'Eugène Sue, lui-même un peu dandy, un dandy pas ordinaire. S'il partage avec Marsay ou des Esseintes un raffinement de moeurs et une élégance supérieure, il possède une qualité qui tranche avec la morgue de ses semblables.

En effet, le Prince Rodolphe a du coeur. Personnage traditionnel de la littérature populaire, à l'image de Robin des Bois, le riche philanthrope est ici au centre de péripéties de feuilleton plus rocambolesques les unes que les autres : déguisements, complots, rebondissements, pittoresque, amour et haine font ainsi florès à chaque page.

Ce roman-fleuve est parcouru par des individus essentiellement stéréotypés : le bagnard, le filou de ruelles, la tenancière, l'ambitieuse courtisane coureuse de titres, la prostituée ou le fidèle serviteur se croisent dans leurs habits prévus d'avance. Le Prince Rodolphe, même s'il reprend des vêtements déjà usés, est certainement le personnage le plus original de ce bestiaire humanoïde. S'il tente sans relâche d'alléger les souffrances des miséreux - en bénéficiant, roman oblige, de certaines aides du hasard très Molière -, c'est pour trouver sa propre rédemption.

De même que Phocas ou des Esseintes, ainsi que Baudelaire ou Byron, le Prince Rodolphe mène une quête personnelle impossible. Le spleen qui le mine le pousse vers une frénésie de charité - souvent risquée, toujours romanesque - mais même les plus heureux dénouements ne peuvent affaiblir le feu empoisonnant.

Le talent de Sue fut sans conteste d'avoir réussi, en ne s'éloignant jamais des codes et des exigences de la littérature populaire - nécessairement très narrative et très virtuose -, à dresser le portrait d'un être complexe, torturé, pétri de contradictions et qui, même dans les gargottes vêtu à l'ouvrière, reste toujours un dandy. C'est un parallèle inévitable avec le personnage de l'auteur qui, drapé des habits socialistes, ne quitta jamais sa posture supérieure.


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