Savoir-Piquer ou Mourir
il est impossible de plaire à tous ; j'ai donc décidé de ne plaire qu'à moi-même (Alphonse Karr)



La Perle et la Chaîne

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  • Lieu de culte (25 novembre 2009)
  • Boni de Castellane à la mode italienne (13 novembre 2009)
  • De bière et de gras (nouvelle, 7 novembre 2009)
  • Après l'antiracisme ? (4 novembre 2009)
  • Dans le Sud 2 (nouvelle, 4 novembre 2009)
  • Les pardons variables (5 octobre 2009)
  • Le chercheur de tares de Catulle Mendès (18 septembre 2009)
  • Une apparition pathétique et grandiose (18 septembre 2009)
  • L'homme pressé de Paul Morand (18 septembre 2009)
  • Le village de l'Allemand de Boualem ... (17 août 2009)


    Lieu de culte (25 novembre 2009)

    Vous en avez sans doute déjà croisés, car ils sont de plus en plus nombreux, ces symptômes de la démocratisation culturelle. Eux, ce sont les nouveaux fidèles de l'Art, abominables déculturés qui professent très fort leur amour de l'Art – comme ils pourraient vanter la qualité du saucisson sur les marchés – et qui arpentent les musées en consommateurs barbares. Éblouis par la moindre babiole étiquetée « Art », ils pervertissent la mission historique du public artistique véritable – la production d’analyse critique et son corollaire, le tri parmi les œuvres et les artistes – en la réduisant à un critère purement géographique. Ainsi, peu regardants sur la qualité, ils sont intransigeants sur l’origine parisienne des choses culturelles.

    Nouveaux riches de la culture, fraîchement convertis donc terriblement intégristes, beaucoup de ces cuistres fiers d'être de petits employés de bureau parisiens – et souvent fils de très provinciaux marchands de vin ou de charbon – n'ont sur ce principe jamais vu le pont de Saint-Cloud ni le parc de Sceaux et font mine d'explorer les Nouvelles Indes quand ils passent le périphérique. Pourtant, ces grenouilles de bénitier cantonnées aux grandes basiliques parisiennes de l'Art et aux échoppes vulgaires qui les flanquent gagneraient à effectuer un pèlerinage plus authentique dans le modeste mais extraordinaire lieu de culte artistique qu'est le musée Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye.

    Qu'y verraient-ils, ces néophytes, en ce lieu symboliquement éloigné de l'abâtardissement paganisé de Lutèce ? Ils verraient d'abord une maison confortable, un pavillon bourgeois doté d'un jardin entretenu et fleuri, en surface un lieu tranquille qu'ils détesteraient d'instinct, soucieux de démontrer à leur propre âme leur modernité et leur progressisme. Mais en entrant, ils ne pourraient qu'être convertis en profondeur et en vérité par la peinture Nabis. Certes les fidèles les plus consciencieux – peu nombreux – se souviendraient qu'au musée d'Orsay ils étaient passés devant des toiles de ce cénacle, mais happés par le clinquant et la notoriété des impressionnistes ou de Courbet, ils ne s'étaient guère arrêtés. Là, dans la maison, le temple presque, où vécut et travailla Maurice Denis, ils ne pourraient se dérober.

    Ils verraient des tableaux enfin soulagés du réalisme, une ferveur artistique plus profonde, plus littéraire, plus mystique, fondée sur le postulat qu'une peinture – mais aussi une sculpture, un dessin, une mélodie ou un livre – a sa propre organisation, ses propres codes, ses propres symboles souvent indépendants du sujet. Ils verraient l'expression d'un groupe pétri de poésie baudelairienne, dont les Nabis furent les oracles tout autant que les illustrateurs. Ils verraient par exemple L'échelle dans le feuillage et ses femmes prêtresses sans pesanteur, comme allongées dans le vert éclatant troué de ciel, et devant lesquelles les mécréants de l'Art qu'ils sont en réalité devraient s'agenouiller.

    Poursuivant leur chemin de conversion, ils entreraient dans la petite chapelle particulière de Maurice Denis, pièce maîtresse du musée, conçue intégralement – jusqu'au linge de l'autel – et réalisée en grande partie par l'artiste lui-même. Monumentale œuvre Nabis, cette chapelle pourrait leur paraître d'une singulière naïveté mais s'ils décidaient d'en faire un examen attentif leur seraient révélés les mystères chrétiens et artistiques. Dans cette chapelle, ils comprendraient aussi la froideur de l'histoire de l'Art officielle envers Maurice Denis : sa religiosité christique, même si elle préfigure d'une certaine façon celles de Magritte et de Warhol, n'est pas de bon ton, pas plus que son évident et assumé embourgeoisement. À rebours des cardinaux-archevêques de l'Art contemporain, bourgeois extrémistes dissimulés derrière un vernis de progressisme, Maurice Denis, en assumant son train de vie et ses commandes notables, put paradoxalement conserver sa pureté intellectuelle, continuant sur une autre fréquence le thème du mondain marginal développé dans leurs vies par Brummell ou Wilde.

    S'il n'est pas trop corrompu de vices modernes, le pèlerin comprendra l'allégorie même de l'œuvre de Maurice Denis. Par une intuition philosophique et esthétique éclose grâce à Gauguin, la peinture Nabis préféra à la nature – réaliste ou impressionniste – sa représentation symbolique, comme dans ces superbes tableaux de chasses où les arbres sont tordus par la sensation de mouvement et la composition picturale, ou comme dans le fameux Talisman de Paul Sérusier qui fut l'œuvre à l'origine de la formation des Nabis. Or, cette idée, incarnée éloquemment dans cette maison et ce jardin, devrait dissiper toutes les illusions qui fondent souvent les esthétiques individuelles, tant culturelles que vestimentaires. Ainsi s'évanouiraient le lien promu par l'égalitarisme entre liberté et négligence, et par extension entre liberté et nature – avec ses excès hideux que sont le naturisme ou certaines « performances » sanglantes et scatologiques en vogue.

    La recherche individuelle de la beauté véritable devrait se faire à la manière Nabis : affranchie de la nature, littéraire, indépendante des modes, éclatante et mystique. Et tant pis si parfois cette recherche prend les traits, aux yeux des âmes simples ou perfides, d'une rétrograde apparence bourgeoise. C'est pour cette raison que tout voyage initiatique vers la Beauté devrait faire station, entre le Père Lachaise et la gare d'Orsay, dans ce modeste musée départemental. La révélation qu'il propose vaut bien quelques voyages en banlieue.


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    Boni de Castellane à la mode italienne (13 novembre 2009)


    Boni de Castellane à la mode italienne

    Lorsque Moïse descendit du Mont Sinaï avec les tables de la Loi dictées par Yahvé, il eut à affronter le peuple hébreu en colère - et passablement éreinté par une petite marche dans le désert. Devant l'incompréhension de ses coreligionnaires, le patriarche pris de colère préféra même détruire l'œuvre divine. Souhaitons que Massimiliano Mocchia di Coggiola, promoteur de la traduction italienne de la deuxième partie des Mémoires de Boni de Castellane (L'art d'être pauvre : L'arte di essere povero, Excelsior 1881, 2009) n'ait pas à suivre cet exemple quand il se présentera devant la faune de l'actuel petit monde littéraire italien.

    Pour l'Italien de base, il semble qu'un peu de belle langue soit comme du Sanskrit. Le Romain par exemple, ne voyant dans ce livre aucun juron de ponctuation, croira qu'on lui sert du dialecte milanais et, par bravade régionaliste, refusera de le lire. S'il le fait quand même, en cachette de ses compagnons de stade, il ne comprendra guère comment un homme sans col gigantesque, sans lunettes de soleil aussi grandes qu'un couvercle de marmite et sans gel dans les cheveux pouvait être considéré comme un homme élégant.

    Pour l'universitaire italien, autre catégorie particulière de la péninsule, Boni de Castellane, comme aristocrate cultivé, ne saurait être qu'un sujet d'extrême-droite, et ses Mémoires qu'être rangés dans le purgatoire des lettres italiennes - aux côtés de Gabriele d'Annunzio ou de Marinetti. Un homme qui se construisait des palais somptueux sans un seul buste de Garibaldi et y donnait des fêtes magnifiques sans la moindre pensée pour la fraîche unité italienne ne peut être que suspect.

    Mais cet ouvrage n'est destiné ni à l'Italien de base ni au pédagogue nostalgique des brigades rouges. Son public naturel est francophile, lettré et curieux du dix-neuvième siècle finissant. La difficulté, c'est que ce lectorat possède déjà ses tables de Loi : ce sont Du côté de chez Swann, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière, Albertine disparue et Le Temps retrouvé. Dans les milieux littéraires de la « Botte », la Recherche du Temps perdu est en effet le fétiche du snobisme culturel. De même qu'en France où pour un connaisseur véritable - l'énervant Charles Dantzig par exemple - cent amateurs approximatifs pérorent de « madeleines », la lecture supposée de la Recherche est un sport de masse. Pourtant, si à Paris le monument germanopratin a entraîné une forme de course à la connaissance proustienne corollaire - jusqu'à ce pauvre roman, Octave avait vingt ans dans lequel Gaspard Koenig tentait d'exploiter un personnage secondaire de la Recherche - et une certaine méfiance à trop jouer au proustien par peur de tomber sur plus fin connaisseur ou plus complet lecteur, en Italie il semble que ce soit au contraire la Recherche, avec l'exubérance et le sans-gêne dont sont capables les transalpins, mais rien que la Recherche.

    Ainsi, Boni de Castellane (1867-1932), figure singulière du dix-neuvième siècle parisien, qui se fit « prouster », c'est-à-dire dont le caractère et l'allure furent émiettés dans divers personnages de la Recherche du Temps perdu, au même titre, bien que dans une moindre mesure, que Robert de Montesquiou, la comtesse Greffulhe ou Anatole France, est-il méconnu de l'autre côté des Alpes. Pourtant les mœurs italiennes auraient beaucoup à gagner d'une lecture approfondie de l'inédite et bonne traduction (d'après les critiques italiens Stenio Solinas et Giuseppe Scaraffia) de L'art d'être pauvre, deuxième partie des Mémoires de Castellane après Comment j'ai découvert l'Amérique.

    Sur le plan littéraire, ce texte est un bel exemple de l'écriture fin dix-neuvième, mêlant une élégante maîtrise de la langue à une ironie, un « esprit » français queue de comète de la cour versaillaise. Que la nature littéraire des Mémoires de « Boni », ainsi que le nommait le grand public de la Belle époque, fût gardée intacte par la traduction - contrôlée et annotée par Mocchia di Coggiola - est déjà une raison suffisante pour placer cet ouvrage au rayon francophile des élégantes bibliothèques italiennes, à côté de Stendhal et de Proust.

    Quant au contenu, celui de Comment j'ai découvert l'Amérique était déjà une bonne leçon pour l'actuelle bourgeoisie de l'argent italienne, éprise de vulgarité consumériste. Boni y décrivait comment un homme raffiné peut dépenser des montagnes d'or avec élégance. En effet, réalisant à grande échelle les prophéties balzaciennes en matière conjugale par son mariage avec une laide héritière protestante du Nouveau Monde (« elle est belle de dot » fut alors un calembour à la mode), l'aristocrate de vieille souche donna de somptueuses fêtes dans de magnifiques demeures meublées avec goût. L'Histoire retient surtout le Palais-Rose de l'avenue du Bois (avenue Foch) aujourd'hui disparu, mais il n'était que le navire amiral d'une escadre de dépenses admirables ou extravagantes dont parlaient avec gourmandise les gazettes de l'époque et avec effroi sa belle-famille puritaine.

    Pourtant, Comment j'ai découvert l'Amérique décrivait la partie la plus « facile » de la vie de Boni, celle qui ne fut en somme qu'un exercice de bon ton et de brio. Tâche aisée pour Louis XIV ou Louis XV en leurs temps, pour un aristocrate français du dix-neuvième siècle ou pour un lointain cousin français du Guépard, mais épreuve discriminante pour tout nouveau riche, si bien que la lecture des confidences fastueuses de Boni peut paraître aujourd'hui extraterrestre. L'art d'être pauvre est encore plus intéressant car il décrit d'une manière assez fidèle (à en croire la biographie de Mension-Rigau) comment, après son divorce et la ruine qui le suivit, Boni de Castellane sut affronter son nouvel état avec panache. Le lecteur proustien trouvera dans ces pages un écho complémentaire aux peintures des mutations sociales qui s'achèvent dans le Temps retrouvé.

    L'art d'être pauvre est comme un manuel pour ceux qui veulent sauver l'honneur quand le reste est perdu ; il devrait donc inspirer ceux qui perdent les débris de leur honneur en gagnant tout le reste. Il est pourtant à craindre qu'une traduction des Mémoires de Boni soit insuffisante pour que dans la bourgeoisie dominante, l'élite culturo-mondaine italienne, l'élégance véritable reprenne enfin le terrain cédé, sans combattre presque, à la vulgarité. L'époque devra se contenter d'initiatives locales, microscopiques, marginales, en continuation de la vie de Boni qui, cinglant la médiocrité ambiante de la Troisième, fut à lui tout seul une œuvre d'art dissidente.

    Ce texte a été publié dans le treizième numéro de la revue littéraire "Le Grognard" disponible sur Internet.




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    De bière et de gras (nouvelle, 7 novembre 2009)

    Ce texte répond à "De fer et de soie" (8 décembre 2005)

    Casquette, marcel, lunettes de soleil forment l'attirail indispensable à son corps velu de plaisancier.
    La familiarité est de rigueur, rien n'est tel pour s'attirer les faveurs des curés, banquiers ou domestiques.
    D'un oeil aguicheur, il ne perd pas une seconde du spectacle des moukères qui se pâment devant ses mots d'esprits égrillards.
    La salopette est son uniforme de travail ou de grève, rien n'est tel pour faciliter les mouvements du corps-machine ou du braillard manifestant.
    Frites et saucisses sont, pour lui, les meilleurs mets car il s'y reconnaît, olfactivement.
    Ses énoncés sont gras, comme ses cheveux. Il ne peut résister aux injonctions numériques l'invitant à "Rejoindre le Réseau", quel qu'il soit, et il est l'allégorie parfaite du monde de la communication, son téléphone portable toujours pendu à son oreille crasseuse.
    Sa nature le pousse à haïr le bien né, le juif, le mort illustre.
    Se croyant moderne car incroyant et antireligieux, il l'est, moderne, par son langage ordurier.
    Etalant tant son corps amorphe et bouffi que son idéologie infâme, bien vite on le cerne, c'est un homme moderne.


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    Après l'antiracisme ? (4 novembre 2009)

    Ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Julien Dray", comme s'il s'agissait d'une importante affaire d'État impliquant des hommes politiques d'envergure, et qui fut surtout, dans sa dernière péripétie connue, le prétexte à un livre de défense vite - et mal - écrit, soulève une question que l'accusé lui-même pose mais à laquelle il répond mal, en évoquant des raisons politiciennes : pourquoi maintenant ?

    En effet, vraies ou fausses, les insinuations portant sur le train de vie de Julien Dray circulaient déjà dans les "milieux autorisés" depuis longtemps. Autrement dit, les dossiers étaient déjà constitués et n'attendaient plus que le feu vert d'une mauvaise âme. Si la dénonciation fut possible, c'était donc parce que Julien Dray, et avec lui ce qu'il incarnait, l'idéologie totalitaire de l'antiracisme bien-pensant, avait cessé d'être intouchable, notamment dans les milieux de gauche.

    Cette anecdote, spectaculaire, annonce ce qui pourrait être demain l'idéologie remplaçante : l'anti-antiracisme. Réactionnaire au sens propre, cet anti-antiracisme - accompagné de l'antiféminisme et de l'anti-anti-antisémitisme - pourrait dominer pour différentes raisons convergentes. La première de ces raisons sera sans doute l'exaspération de la première génération subissant les conséquences réelles de l'antiracisme idéologique : judiciarisation du langage populaire, bien-pensance obligatoire et fliquée ou encore promotion systématique des femmes et des minorités visibles au détriment de la compétence et du travail, à l'origine d'un sentiment d'injustice pour les non-promus ainsi qu'une baisse du niveau intellectuel et culturel des dirigeants. Philippe Muray, et d'autres de son tempérament, pourraient trouver un lectorat de grande échelle.

    Une autre raison de cet avènement de l'anti-antiracisme pourrait tout simplement être que l'antiracisme ne sera plus tenable par ceux qui le professent et l'adorent en premier lieu - les bourgeois-bohèmes -, déniaisés par l'arrivée de la violence immigrée des banlieues en centre-ville. La génération arrivante d'antiracistes est déjà très concrètement confrontée à un exercice pratique de contorsion idéologique : couples à deux travailleurs, avec des horaires importants caractéristiques des métiers inutiles du tertiaire, ils sont confrontés à l'emploi de miséreux salariés immigrés, sinon clandestins, pour garder leurs enfants et faire leur ménage en semaine. Or, petits consommateurs égoïstes, ils sont les pires patrons domestiques, au prix d'un sabordage de leur antiracisme intenable.

    Une autre raison encore qui engloutira l'antiracisme sera la mort de ses archontes et la disparition de leur main-mise sur une certaine police de la pensée - Bernard-Henri Lévy actionnaire de journaux de gauche, Pierre Bergé soutien financier d'hommes politiques socialistes - permettant le remplacement des exécutants médiatiques antiracistes membres du culturo-mondain télévisé - sous-chanteurs et sous-comiques du "show-business", journalistes de Charlie Hebdo, etc. - par des anti-antiracistes. Le maintien d'un Éric Zemmour à la télévision est un premier signe, en attendant mieux.

    Ce mouvement de balancier permettrait certes de moins marcher sur la tête en certaines circonstances, mais serait plus retors qu'il n'y paraît. En effet, au passage auront été liquidées les valeurs de la bourgeoisie traditionnelle, car il est probable que les nouveaux anti-antiracistes le soient pour des raisons autres que l'honnêteté intellectuelle. A l'image des petits couples employeurs de "nounous" abandonnant l'antiracisme par égoïsme, les anti-antiracistes seront avant tout des cyniques, voire de véritables racistes.

    L'antiracisme aura donc malgré tout réussi son projet de destruction des valeurs de la bourgeoisie traditionnelle, incapable de se défendre contre son amalgame à la collaboration vichyste - révisionnisme de bon aloi - car discréditée d'emblée par son refus honnête d'avaler les couleuvres de l'antiracisme quand il était l'idéologie dominante.

    Plus que l'avènement d'une génération de "moins bons" aux commandes de l'appareil économique et politique, c'est la généralisation du cynisme quotidien de la petite bourgeoisie de gauche paganisée, même plus retenue dans son consumérisme écarlate par les bons sentiments de l'antiracisme, qu'il faut craindre pour les générations à venir.


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    Dans le Sud 2 (nouvelle, 4 novembre 2009)

    C'était un décor d'indolence et de saleté. Les enchevêtrements de ruelles et de toits étaient des vieillards plusieurs fois centenaires, mais des vieillards violés, souillés par des particuliers égoïstes. La petite vérole de ce centre historique, c'étaient moins les graffitis désinvoltes des adolescents irrespectueux que les constructions personnelles, les balcons amateurs raccordés aux toits par d'infâmes rustines de maçonnerie approximative et les initiatives colorées farfelues.

    Du promontoire sur lequel je me trouvais, à quelques mètres du parvis de l'église dominante, je pouvais plonger mon froid regard dans les ruelles pentues. Je distinguai, près d'une fontaine en contrebas, un clochard musicien et paresseux dont la guitare n'était que prétexte à la quête. Plus à droite, quelques jeunes gens tenaient les murs et conversaient autour d'une motocyclette rutilante. Enfin, le dernier signe de vie humanoïde visible depuis ma position était un groupe mixte d'adolescents avachis sur les marches du parvis de l'église ocre.

    Cette dernière, solidement fermée, pâtissait moins de ces outrages véniels que de son abandon à la nature. La végétation provençale, rampante et puissante, descellait des pierres centenaires, jusqu'ici conservées dans leur dignité par la piété active des villageois. Des vitraux brisés depuis longtemps laissaient nidifier des oiseaux conquérants et le clocher lui-même, spolié de sa cloche jugée trop dangereuse, était parasité de broussailles.

    De loin pourtant, l'édifice faisait encore illusion mais dès le commencement de l'ascension de la vieille ville les rides et les outrages paraissaient. L'église n'était plus que le gardien du culte licencié par un monde paganisé, et il était clair que cette colline entassée et tombante était la juste image de la civilisation occidentale.


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    Les pardons variables (5 octobre 2009)

    L'actualité charrie parfois des ordures qui se mêlent de manière étrange et font se fissurer les masques hypocrites de la bien-pensance. Ainsi, ces jours-ci ont vu l'arrestation en Suisse du réalisateur franco-polonais Roman Polanski - pour de vieux faits scabreux qui lui sont reprochés aux États-Unis - répondre à l'exposition consacrée, pour ses soixante-quinze ans, à Brigitte Bardot.

    Ce ne sont évidemment pas les faits eux-mêmes qui se sont répondus - même si les deux sujets pourraient avoir comme lien l'idéologie du désir et ses dérives - mais les commentaires du landerneau. Pour Brigitte Bardot, aucun saltimbanque ou chansonnier interrogé n'oublia de produire des moues de circonstances sur les frasques verbales de la vedette : B. B. "l'artiste" était jugée à l'aune de ses opinions. Pour Polanski au contraire, l'œuvre cinématographique devait excuser un crime indubitable, reconnu par son auteur.

    Cet exemple du thème bien connu de la "liberté interdite" (la liberté d'opinion) et de la "liberté obligatoire" (la liberté sexuelle) est peu supportable et il est étrange que le ministre de la culture se fût personnellement ému du cas Polanski pour réclamer une douteuse clémence. Ses propres aveux d'éphébophilie - avec des garçons majeurs, toujours - auraient dû l'obliger à un peu plus de retenue. Mais pouvait-on réellement espérer mieux d'un présentateur vulgaire de télévision coopté sans cesse en raison de son nom et de ses mœurs ?

    Pour un wildien, qui refuse de juger la beauté des œuvres par la moralité des hommes et la moralité des hommes par la beauté des œuvres, les procédés du "système" sont chaque jour un peu plus révoltants.


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    Le chercheur de tares de Catulle Mendès (18 septembre 2009)

    La littérature décadente, « fin-de-siècle » - le dix-neuvième -, fut à l'image de la littérature tout court. Elle s'égara parfois dans des œuvres mineures, à la noirceur de pacotille ou aux gamineries pornographiques inoffensives, dont l'Histoire de Vénus et de Tannhäuser d'Aubrey Beardsley est le meilleur exemple. Elle eut ses Pontifes - Huysmans, Lorrain, Barbey d'Aurevilly, etc. - et ses Bibles. Elle s'accommoda de styles différents, avec une nette préférence cependant pour l'écriture sophistiquée, l'hermétisme et la violence littéraire. Elle accompagna, précéda ou suivit des mouvements picturaux et poétiques extraits de la même veine qu’elle. Elle eut enfin de ces chefs-d'œuvre qui sont injustement restés sans postérité. Parmi ceux-ci figure en bonne place Le chercheur de tares de Catulle Mendès.

    Il fallait donc que le dix-neuvième siècle fût bien noir pour qu'un de ses auteurs établis le marquât d'un des plus sombres romans de la littérature française. Chercher les tares, chercher systématiquement - et les trouver ! - le mal, la souillure, l'excrément ou le trucage dans ce qui paraît pur, beau, honnête, vrai ou respectable, voilà l'ombrageux destin, la terrible maladie d'Arsène Gravache, narrateur des sept cahiers qui composent ce livre pessimiste.

    Un tel édifice littéraire de mélancolie aurait pu être la première œuvre d'un jeune exalté ou celle d'un fou, d'un désespéré soucieux de brûler les derniers vaisseaux d'une respectabilité déjà entamée. Qu'il fût écrit par un homme de lettres à succès - à l'époque -, de surcroît par un écrivain passé dans les différentes chapelles littéraires en fonction des oscillations de la mode, révèle le magnétisme stylistique du genre noir.

    Partant d'une pureté imaginaire des premiers jours - déjà obérée, pourtant, par des proto-tares -, Mendès glisse lentement, visqueusement, vers les gouffres les plus obscurs. Au début du premier cahier, consacré à salir l'amour, on peut lire : « Je revois aussi, à ce matin de vivre, le mignon garçonnet, tête blonde, de safran ébouriffé, que me montrait la glace de l’armoire ou que me racontait, me tirant vers elle, me regardant de près, de tout près, maman, en de très longs éloges éblouis, interrompus de baisers dans mes cheveux, sur mes yeux, sur mes menottes, toujours bien soignées, et qui étaient si petites. ». A la fin, quand Arsène Gravache a montré, a dit, les tares de toutes les parcelles de la nature humaine et a détruit les existences de tous ceux qu'il rencontra, à l'exception de son père naturel, crapule assumée du petit monde des gendelettres parisiens qui se détruit sans aide, la prose est encore plus marquée de délicate pourriture puis finit sur ce constat définitif : « Mais celui que mon rire effrayait le plus, c’était moi-même ! car voici que, enfin, je riais d’avoir tué, jusqu’en la plus lointaine, jusqu’en la plus chimérique manifestation du mystère, l’espérance même de l’espoir ! » .

    C'est irréfutable, la grande qualité du Chercheur de tares est son style, cette pâte que permet le roman pamphlétaire, cette saveur qui rend magnifique une œuvre approximative comme le Désespéré ou troupière, parfois, comme certains écrits céliniens.

    Cependant, le Chercheur de tares ne se réduit pas à son écriture particulière. Condensé allant à l'essentiel de la noirceur humaine, parfois au prix de procédés narratifs un peu rapides, il parait viser si justement le cœur de l'homme qu'il devrait figurer à côté des plus grands, de la Comédie humaine ou, plus sûrement, de la Recherche du Temps perdu - qui n'est, rappelons-le, pas en guimauve, voir le début de Sodome et Gomorrhe par exemple. Le Chercheur de tares, au même titre que l'œuvre balzacienne ou proustienne, devrait pouvoir servir de matrice de lecture non périmée de la civilisation occidentale, à l'instant même où, au contraire, l'époque manque de chercheurs de tares, baignée dans un consensus et un sentimentalisme niais qui occultent la vérité d'un monde plus que jamais taré.


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    Une apparition pathétique et grandiose (18 septembre 2009)

    « Mon cœur est comme de la glace / et son image y est figée : / si jamais mon cœur fond / son image s'en échappera. »

    J'ai revu Denis Dumas. Plus exactement : je l'ai écouté de nouveau. C'était dans le cadre sinistre d'une animation culturelle d'un comité d'entreprise, à l'heure du déjeuner. Dans une manière d'amphithéâtre grinçant, éclairé par des lumières grésillantes, devant moins de vingt personnes venues là presque par hasard, au gré d'une affiche entraperçue sur le mur d'une cantine, il interpréta un des difficiles morceaux du répertoire lyrique : des extraits du Voyage d'hiver de Schubert.

    Pour égayer un peu l'austérité de l'œuvre face à ce public de circonstance, et toujours dans son soucis de promouvoir de jeunes artistes, Denis Dumas avait convié un trio, « The Finnish Trio », à donner quelques extraits mozartiens, dont un Voi che sapete qui faisait office, par comparaison, de « hit » racoleur. Ce trio, composé d'une jeune femme blonde (Angélique Le Ray), d'une jeune femme brune (Clothilde Sébert) et d'un homme finlandais figé par les glaces de son pays (Heikki Cantell), sut braver les conditions matérielles de la représentation et la faiblesse du pianiste pour donner un Mozart correct, même si parfois un peu plat.

    Au premier regard, le moqueur pourrait ne voir que le pathétique dans cette heure de musique. Les chanteurs, mangeurs de viande enragée, faisaient leur tour de chant devant un public restreint en pleine digestion pour ajouter quelques heures à la liste de leurs cotisations intermittentes. Les costumes réduits au strict minimum - même si Angélique Le Ray était vêtue d'une robe noire, rehaussée de diamants fantaisie qui brillaient de mille feux multicolores - soutenaient une mise en scène minuscule - et parfois grotesque, quand Heikki Cantell, pour signifier la rébellion, enleva sa veste, desserra son nœud de cravate et passa cette dernière par-dessus son épaule. Et le pianiste, non content de saborder la musique, mettait un temps infini à déplier et à installer les partitions entre chaque morceau, dans le silence de mort du public.

    Cependant, il y avait quelque chose de grandiose derrière le pathétique. La salle était certes clairsemée et avare d'applaudissements, mais ceux-ci constituaient donc de vraies récompenses, dans un monde musical où les spectateurs, incultes et écrasés par l'idée que c'est cher donc c'est bien, applaudissent tout à tout rompre, sans distinction. Grandiose aussi, le choix de Schubert pour un spectacle « grand public ». Grandiose enfin, la prestation - toujours démonstrative - de Denis Dumas, cinglant le froid de la salle avec la conviction des véritables passionnés. Le vrai voyage d'hiver, c'était bien l'interprète et non le personnage qui l'accomplissait ce jour-là, pour l'amour austère et exigeant d'une maîtresse unique, la Musique.


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    L'homme pressé de Paul Morand (18 septembre 2009)

    L'homme pressé s'ouvre sur un mauvais chapitre : au milieu de la description embrouillée d'un situation pittoresque - un homme maladivement pressé dans un restaurant - l'auteur semble annoncer pour la suite une étude médicale sous forme romanesque, naturaliste, et des personnages caricaturaux à l'extrême, comme ce docteur Regencratz, observateur de la scène, Juif cosmopolite et polyglotte aux traits trop grossiers, surtout dans un livre écrit sous l'Occupation. Tout le roman semble être écrit dans ce chapitre d'exposition, comme si L'homme pressé était lui-même un « roman pressé ».

    Heureusement, même si la systématique du premier chapitre constitue jusqu'au bout la trame romanesque de L'homme pressé, la suite, grâce au style plein d'histoire et de littérature de Paul Morand, n'est pas qu'un simple délayage. Méthodiquement, Pierre Niox, l'homme pressé, détruit ce qui fait la vie, ce qui pourrait faire sa vie : il use son ami et associé, Placide (sic), lassé de suivre la tornade précipitée sur les chemins risqués qu'elle emprunte, il use son domestique, exténué d'être sans cesse devancé par son maître et ses ordres périmés aussitôt prononcés, il use enfin son épouse, fille d'une mère lascive et possessive.

    Le gain de secondes est un tyran implacable pour Pierre Niox. L'homme pressé est un misanthrope qui peste contre les garçons de restaurant, contre les ablutions qui, même exécutées en parallèle d'autres travaux matinaux, sont trop chronophages, et contre le genre humain qui se traîne toujours cent mètres derrière lui. Une seule fois, Niox prend son temps, pour consommer son mariage, croyant que la vitesse en ce domaine ferait l'effet d'un viol. Erreur ! Il laisse ainsi sa jeune et belle épouse dans une attente incompréhensible.

    Sitôt fait, il repart de plus belle dans son impatience, jusqu'à vouloir risquer de farfelues médecines pour n'avoir pas à attendre neuf mois la naissance de son enfant. C'est là qu'apparaît toute la tragédie de ce personnage qui aurait pu n'être que cocasse. Cet homme, qui cherche les secondes « pour en faire des minutes », qui en avion s'aperçoit que la sensation de vitesse vient de la proximité avec la surface terrestre, est un contre-nature.

    Allégorie d'un monde industriel sans métaphysique, fuyant et lâche, Pierre Niox est finalement perdant contre la nature, qui l'écrase, par une très logique maladie cardiaque, de la toute-puissance de ses axiomes immobiles.


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    Le village de l'Allemand de Boualem Sansal (17 août 2009)

    Quelle vilaine chose que ces enthousiastes conseils de lecture que la politesse, pour ne pas faillir lors du prochain dîner en ville, oblige à lire. Hélas, les lectures de politesse prennent souvent les travers des visites de politesse, empoisonnées par le scepticisme un peu mesquin de qui cherche la faille, le moindre écart grammatical, la moindre longueur qui permettrait de condamner lapidairement l'ouvrage. Parfois la sagesse tempère cette fougue fielleuse, en tentant de mettre de la bonne volonté là où, quelques années plus tôt, la quinzième page aurait marqué les limites de la patience. C'est à ce titre que Le village de l'Allemand de Boualem Sansal (Gallimard, 2008) est à réserver aux sages.

    Le problème, avec Le village de l'Allemand, c'est la tenace impression de déjà-vu qui colle à ses pages. Ainsi Shoah, banlieues françaises et recherche du père, trois des thèmes de ce roman, confirment leur statut de sujets impérissables. Ce défaut ne rend pas la lecture désagréable, juste ennuyeuse. Elle n'est pas désagréable car le français pratiqué par Boualem Sansal est de bonne tenue, tant le journal du narrateur principal, jeune-oisif-d'une-banlieue-parisienne, aidé par un professeur de lettres "qui a bien voulu réécrire [le] livre en bon français" que celui, croisé, de son frère, banlieusard-qui-s'en-est-sorti-par-les-études et qui, donc, sait écrire sans être aidé : "Je croyais connaître l'horreur, nous la voyons partout dans le monde, nous en entendons parler tous les soirs, nous en savons les ressorts, des experts nous en expliquent quotidiennement la terrible logique, mais en vérité ne connaît l'horreur que la victime" (p.22).

    L'habile maîtrise de l'écriture est cependant gâtée par quelques agaceries. Au début, pour que les lectrices de ELLE comprennent bien qu'il s'agit de banlieues, plus exactement de "Zone Ultra Sensible de première catégorie", Sansal raconte la "mob", le "boucher halal" et autres détails pittoresques. Même s'il évite l'écueil du faux argot banlieusard des germanopratins, il tire une ficelle un peu trop grosse. En outre, le procédé des journaux intimes croisés, assez finement utilisé dans la première moitié du livre, trouve ses limites par la suite, jusqu'à cette note du narrateur "concernant l'organisation des chapitres suivants" qui produit l'inverse de l'effet recherché en révélant trop lourdement le factice de la construction.

    Néanmoins, le point réellement embarrassant du Village de l'Allemand est donc la banalité de ses thèmes. Sur la Shoah, la Solution finale, Boualem Sansal essaye de se placer du point de vue d'un chimiste SS allemand à travers les regards asynchrones de ses deux fils. La découverte de ce passé caché par l'exil en Algérie et déterré après un massacre du GIA conduit l'aîné au suicide, le cadet à la révolte et, finalement, à la littérature. Hélas, Sansal arrive trop tard car après une longue période de littérature dédiée aux déportés, la mode est depuis quelques années déjà à considérer l'humanité des coupables du génocide. Le Village de l'Allemand fait donc l'effet d'une folklorique adaptation des Bienveillantes.

    À la clef apparait une nouvelle espèce de victimes. Non pas - cela viendra, ils sont capables de tout - les anciens nazis qui pourraient demander des comptes pour être désignés depuis soixante ans comme des monstres alors qu'ils sont juste de terrifiants humains, mais leurs fils poussés à l'alcoolisme, au suicide ou à la honte éternelle par les vainqueurs de l'Histoire. Ainsi, p.239, à propos du fils de Mengele : "Moi, si j'étais son fils, je l'aurais dénoncé avant qu'on me pose la question, et en tant que victime, j'aurais demandé à témoigner dans son procès." Primo Levi, toujours de sortie lorsqu'il s'agit de tirer des larmes sur l'horreur nazie, est utilisé comme argument d'autorité, afin que, en postulant l'atrocité des crimes, Sansal puisse revendiquer la souffrance des fils de criminels. Tous victimes de la Shoah ! Quel ennui, d'autant plus que Sansal rate son effet, nuançant un peu le nazisme du père mais dessinant des salauds de gravure partout ailleurs.

    Les narrateurs - et l'auteur ? - fort occupés à éplucher la littérature dédiée à l'extermination des Juifs, finissent par voir du nazisme dans toute violence, dans toute tracasserie. L'islamisme, qui gagne la cité française et la campagne algérienne, n'est rien moins que cela : "[Il] a commencé à réfléchir. Il a compris que l'islamisme et le nazisme, c'était du pareil au même" (p.129). La cité devient elle-même un camp de concentration : "Entre eux, entre nous, il y a un mur, des barbelés, des miradors, des champs de mine, des préjugés fondamentaux, des réalités inconcevables" (p.118). Quant à la police spéciale algérienne, pas tendre certes, c'est une nouvelle Gestapo. Sous la plume de Sansal, tous les totalitarismes, toutes les violences ont une même musique hitlérienne, comme si le sang et la dictature étaient inconnus du monde avant 1936.

    Quant à la recherche du passé du père - Allemand devenu cheikh respecté d'un petit village algérien - elle est assez sommaire, malgré une mise en scène internationale, en Allemagne, en Pologne, en Turquie, en Égypte et bien sûr en Algérie. Le fils aîné, futur suicidé, cherche moins à savoir comment et pourquoi son père est devenu SS que pourquoi il n'a pas agi comme un jeune homme des années quatre-vingt-dix... Toujours et seulement le point de vue du nombril. Par conséquent, la quête du père et de ce qu'il y a derrière, le mécanisme d'adhésion individuel à l'horreur, sont réduits à quelques questions simplistes.

    Le Village de l'Allemand est donc un honorable roman ennuyeux qui ronronne entre des thèmes trop usés pour être intéressants et qui, en mélangeant les couleurs, aboutit de surcroît à une inefficace dénonciation de l'islamisme urbain.


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